Violence du monde et poésie de l'art, ce Roumain de Paris a conquis
le jury, la Fiac et le dîner de gala, samedi soir, à l'Hôtel Dassault.
 Est-ce
le retour de la délicatesse, voire de cette chose incongrue que l'on
appelle le sentiment? En décernant, samedi au Grand Palais, le prix
Marcel Duchamp 2011 à Mircea Cantor,
33 ans, le jury a choisi un artiste différent qui, par sa douceur
trompeuse, laisse songeurs les plus endurcis. Un mélancolique rieur, né
en 1977 à Oradea en Roumanie. Un artiste bien contemporain, qui joue de
l'écran en vidéaste, de l'installation et du «ready made» de Duchamp en
plasticien économe. Mais un terrien aussi qui goûte les symboles comme
cet arbre sculpté à même le tronc de l'étoile des tisserands, cadeau
traditionnel offert aux jeunes mariés. Un transfuge venu étudier à
Nantes en 1999 et resté créer à Paris, corpus sensible et petite famille
modèle. Un Européen de Paris comme jadis Max Ernst, Joan Miro ou Pablo
Picasso, qui, préfère-t-il dire, «vit et travaille sur Terre» (Tracking
happiness, et son ballet de vestales blanches qui balaient, vidéo de
2009).
Passé, présent et futur s'entremêlent dans son univers paisible comme
un enfant qui joue à couper le fil de l'eau, où jaillit une allergie
sourde à la violence. Rarement, ce prix décerné par l'Adiaf, qui défend
avec foi depuis dix ans la scène française, n'a soulevé autant
d'émotion. Samedi midi, il y avait foule à la Fiac
pour applaudir l'éloge par Alfred Pacquement de ce lauréat, exposé l'an
prochain au Centre Pompidou. Il y a déjà montré Unpredictible Future,
quelques mots écrits sur la buée d'une vitre arrière, dans l'expo «Airs
de Paris» en 2007.
Discours simple de forme, subtil de fond,
Mircea Cantor a ému le public du dîner de gala donné pour la 4e fois en
l'honneur du prix Marcel Duchamp, samedi soir à l'Hôtel Dassault. À
écouter cet artiste parler du monde, de son fils qui lui a porté chance,
on oubliait presque la maquette de son Monument for the End of the
World, exposé par Yvon Lambert au Grand Palais. Et on se promettait
d'aller voir si le bonheur perdure dans More Cheeks Than Slaps, son exposition au Crédac à Ivry-sur-Seine.
Par
Valérie Duponchelle
Grand reporter service Culture,
Le Figaro Nouveaux Médias
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